Retour .
Souvenirs de Campagne

1916 - 1919
.


 

 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Henri  POUIT

POUIT Henri Charles, né le 16 juillet 1896 à Amailloux 79350

4e C.I. Nogent sur Marne.
120e Bataillon
3e mixte C.M. 2
2e d.m. C.M. 59 août 1916 :


Mercredi 9 août 1916

J’arrive au fort de Rosny avec mon petit ballot ; on nous emmène le jour même

à Nogent sur Marne. Premier aménagement des chambrées, puis c’est la tonsure,

tous les cheveux à ras, nous avions de drôles de têtes ; ensuite l’habillement, tout

trop grand, je ne sais combien de fois j’ai recousu le col de mon gilet qui n’allait pas.


Dans son habit de zouave.

Enfin j’étais zouave et j’étais fier de mon costume militaire, quoiqu’il ne me

seyait pas trop. J’éprouvais tout d’abord une sensation de solitude et de dépaysement;

mais on ne me laissa guère le temps de m’ennuyer car dès le lendemain, il fallut aller

à l’exercice. Les premiers jours nous fîmes les épreuves de sélection, cela me plaisait

beaucoup, vu que j’étais assez fort et il y avait l’amour propre. Mais par la suite, cela

devint plus barbant. L’école du soldat et l’école de section ne m’offraient pas tant

d’attraits que les courses et les jeux. Enfin, il fallut s’y mettre de bon gré ou de force

et souvent serrer son poing dans sa poche pour ne pas commettre d’actes téméraires,

devant des gradés un peu brutes. Pour moi, je n’ai pas trop à me plaindre à ce sujet ;

mais ce qui m’agaçait un peu, c’était l’humeur trop gaie et trop tapageuse de mes

camarades et aussi leurs propos inconvenants me révoltaient ; je commençais à voir le

vilain coté de la vie militaire.


Quelques temps après, on nous donna un fusil et un sac, puis ce fut les cours

d’élève aspirant où j’échouais faute de préparation d’élève caporal. La théorie que

nous refusions d’apprendre, ce qui nous faisais récolter des piquettes terribles autour

du fort. Puis ce fut les premières marches, les tirs, le dimanche, les promenades dans Paris.

1er novembre 1916 :

Toussaint, première permission de 36 heures, joie et aussi tristesse, rentrée

mélancolique à la caserne.

30 novembre 1916 :

Marche de Nogent à Milly en 4 étapes ; j’ai commencé à connaître la vie en campagne,

 à coucher dans les granges ; les bretelles du sac coupaient les épaules. 

Au camp de Moigny, même occupation pendant 1 mois, puis la bienheureuse permission

de 7 jours : Noël et le jour de l’an en famille.

6 janvier 1917 :

Retour de permission, on nous habille à neuf, tenue de campagne, en kaki, je me

croyais déjà parti sur le front ; mais c’était trop tôt encore. Nous embarquons et on

nous emmène dans la Seine Inférieure (Maritime) à Vieux-Rouen où nous trouvons

en débarquant une épaisse couche de neige. De là, on nous emmène dans un petit

village perché tout en haut d’une colline Saint-Martin au Bosc. Alors, ça commence à

devenir mauvais, pas de lits, il a fallu coucher sur la paille dans des granges ouvertes

à tous les vents et il faisait un froid terrible. Par la suite, nous nous sommes fait des lits

avec des branches d’arbres et nous avons eu des paillasses, c’était un peu mieux.

Après l’installation, on ne nous laissa pas moisir ; matin et soir exercice dans la neige,

toujours par un froid terrible ; c’est la plus dure période que j’ai passé là, car on était

gelé en rentrant et pas de feu pour se réchauffer.

Environ deux mois passèrent ainsi, puis on nous changea de village. 

À Campeneuville, la vie fut moins dure, je fit un stage de pionnier, de fusil mitrailleur, de

signaleur et de grenadier, c’était plus intéressant que l’exercice ; mais par contre, la

nourriture laissait beaucoup à désirer. Marches et promenades aux environs de

Foucarmont - la petite guerre - Le moment approchait alors, où les cadets devaient

aller donner un coup de main à leurs ainés qui avaient fort à faire là-bas, face aux

boches. Il y avait deux affiches au bureau, une pour les tours de permission, et l’autre

pour le tour du départ au front. Le tour de permission ne marchait pas vite, mais celui

pour le départ au front allait mieux. Le jour tant attendu arriva donc ; on demanda

plusieurs renforts à la fois et je partis avec une cinquantaine de camarades pour la 3e mixte.


Char armé d’un canon à tir rapide. Mis en service à partir des attaques du 5 mai 1917

28 avril 1917 :

Nous rembarquons à Vieux-Rouen et nous passons à Montdidier, à Creil où j’ai

le plaisir de voir le curé d’Amailloux (Deux-Sèvres) et, après avoir fait la ceinture,

nous arrivons à Troyes. De là, on nous emmène à Vitry la ville où nous débarquons.

Après une journée de marche accablante sous un soleil de plomb, nous arrivons au

dépôt divisionnaire du 3e Mixte à Saint-Amand ; nous y restons une journée, et repartons

le lendemain pour rejoindre le régiment. Je me disais : à ce coup-là ça y est, je vais

bientôt entendre le canon ; mais, pas encore. Le 3e Mixte revenait d’attaquer et il était

au repos ; nous le trouvons donc à Saint-Martin aux Champs ; là, je fais la connaissance

du Lieutenant Santerré qui voulut à toute force m’emmener à la compagnie : quoique

je n’avais jamais suivi le cours de mitrailleur. Enfin, je pensais que je serais peut-être

mieux que dans une autre compagnie. Me voici affecté à la 1ère Section de la C.M. 2

(compagnie de mitrailleurs). Je trouvais là d’assez bons camarades, gais, insouciants,

qui racontaient leur dernière attaque comme une histoire très ordinaire. J’ai bien

remarqué plus tard que quelque chose qui nous parait terrible sur le coup, nous le

semble beaucoup moins après. Dès le lendemain, je commençais à nettoyer des

cartouches ; mais mon tour de permission approchait enfin ; je partis donc heureux de

revoir ma famille après une si longue absence. Je passais dix bonnes journées à goûter

les délices du printemps de France, à sentir le doux parfum des fleurs de mai, avant

d’aller sentir l’odeur de la poudre, là-bas dans la fournaise. Ce furent donc des adieux

touchants qui clôturèrent ma permission. Les larmes coulèrent, mais je partis sans

regarder en arrière et rejoignis mon régiment qui était en ligne. Muison, Chalons sur

Vesle, Trigny, Courroie, virent ma première arrivée en ligne. Je commençais à entendre

le canon et les sifflements des obus ; je rejoignais mes camarades qui étaient en

réserve. Comme le secteur était assez calme à ce moment là, je me disais que ce

n’était pas bien terrible et je n’avais pas peur. Mais cela ne pouvait pas durer ainsi.

Quelques jours après, les boches se sont mis à tirer de notre côté, j’ai reçu un obus

sur ma guitoune juste au moment où j’étais en train de manger la soupe ; heureusement

que ce n’était pas un gros. Il y a eu une petite panique, puis nous nous sommes remis

à manger ; cinq minutes après, on n’y pensait plus. Les obus ont commencé alors à

me faire baisser la tête, mais je n’étais pas encore effrayé. Voilà donc comment j’ai

reçu le baptême du feu, et connu pour la première fois la vie de tranchée. Les heures

de garde la nuit, et les heures de sommeil sur un lit d’herbe que nous coupions sur le

bord de la tranchée, et que nous étendions ensuite à terre pour nous coucher. Pour la

première fois, je vis des villages démolis, Hermonville, Courroie et je m’aperçus qu’il

y en avait bien autant qu’on en disait sur les ravages causés par la guerre.

On prenait la garde contre-avion ce qui m’intéressait beaucoup. J’ai vu descendre

2 boches dont un taube, et j’ai applaudi aux exploits du petit chasseur qui s’en retournait

tranquillement, sa besogne accomplie.

Après 24 jours de tranchée, c’est la descente au petit repos à Châlons sur Vesle,

puis, nous remontons encore deux fois en ligne. Là, nous subissons encore quelques

bombardements, des coups de main, à droite et à gauche,mais pas sur nous (le

blockhaus aux obus). Le moral était bien bas, en ce moment sur le front, des camarades

qui revenaient de permission, nous racontaient qu’il y avait des grèves à Lyon, des

émeutes aussi, à certains endroits. Une bande d’espions et de traîtres voulut répandre

l’idée d’une paix séparée avec l’Allemagne et les pauvres tombaient dans le piège. Ils

en avaient assez de se battre et de souffrir, pour une patrie dont ils ne se souciaient

guère. Nous étions trahis de tous les côtés, et dirigés par une bande de vauriens qui ne

pensaient qu’à eux. C’était bien inutile de continuer la guerre, il fallait la paix à tout

prix, telle que l’Allemagne nous la proposait. Des régiments avaient refusé de marcher.

J’ai vu une fois la mort de près ; un obus est tombé à un mètre de moi sur le bord du

boyau et m’a presque recouvert de terre, je me suis relevé indemne et j’ai été vite

remis de l’émotion.

Après une vingtaine de jours de ligne, nous descendons de nouveau au repos à

côté d’Épernay ; et de là, je pars en permission.

 

J’arrive de permission à Prouilly juste pour remonter en ligne à Sapigneul en

passant par Cormicy. Là, pour la première fois, j’ai eu peur ; le secteur était agité, les

coups de main étaient fréquents. Une nuit que je dormais tranquillement après avoir

pris mon tour de garde, tout à coup, à minuit juste, je fus réveillé en sursaut par les

deux premiers coups de canons qui étaient dirigés juste sur nous et les autres suivirent,

c’était comme un roulement de tambour, un tintamarre effroyable ; le cri «aux armes»

retentit. Alors tout le monde bondit hors de la cagna ; dans ma précipitation j’oublie

de prendre mon fusil ; on demande des grenades, je saute sur une caisse et je la porte

aux copains qui étaient à 10 mètres en avant. En arrivant là-bas je rencontre ceux de

la première ligne qui se repliaient ; ils me bousculèrent en criant : «Voilà les boches»,

c’est alors que j’ai eu peur et il y avait de quoi, car pour comble de malheur, dans le

tumulte, je perdis mon casque. J’étais ainsi désemparé, sans casque et sans fusil, les

gaz me suffoquaient, je croyais ma dernière heure venue. Je ne puis me rappeler au

juste ce que je fis alors, j’étais presque fou, j’ai couru en suivant le boyau, une vingtaine

de mètres, puis la raison m’est revenue. Voyant que ça tombait toujours et partout,

comprenant que mon devoir était de rester avec mes camarades, je suis revenu sur

mes pas et j’ai aidé à ravitailler la mitrailleuse en cartouche. Je me demande encore

comment, je n’ai pas été atteint avec les éclats d’obus qui sifflaient de tous les côtés;

il y avait même des obus qui tombaient en plein dans la tranchée.

Enfin, le bombardement cessa petit à petit. «Tu as des cartouches ?» et nous

pûmes enfin respirer à l’aise et nous compter. Nous n’avions pas trop de pertes

heureusement. Un lieutenant avait été tué et une dizaine d’hommes. Les boches

étaient en effet venus à 10 mètres de nous, et fait deux des nôtres prisonniers. Ils

étaient retournés aussi vite qu’ils étaient venus. Nous ne subîmes pas d’autres coups

de main dans ce secteur, et après 20 jours de ligne nous passons 5 à 6 jours dans un

bois. Nous remontons de nouveau en face du fort de Brianont ; là, le secteur fut

beaucoup plus calme, un seul coup de main troubla notre tranquillité, mais le

bombardement ne se fit pas sur nous. Nous avons fait un barrage avec du tir indirect,

j’ai tiré, mais j’ignore si mes balles ont porté, car c’était la nuit et j’étais trop loin pour les voir.

Le bruit courut alors que notre bataillon était disloqué et que nous passions à la

37e division. En effet, nous fûmes relevés des lignes et nous sommes restés quelques

jours à Châlons sur Vesle. Puis, je pars en détachement rejoindre la 37e division qui

venait d’attaquer à Verdun.

1 er Décembre 1917 :

Nous arrivons donc dans un camp, en arrière de Verdun. Nous y restons 5 à 6

jours, puis comme la 37e division était partie, nous embarquons à Dugny, pour aller

débarquer à Bar sur Aube. Là, on nous répartit dans les régiments et je suis désigné

pour aller au 2e Zouave. Après une bonne journée de marche, j’arrive à Jaucourt où je

suis affecté à la C.M.5. Sept jours après, mon nouveau régiment repart à pied pour les

Vosges. Ce fut une marche très dure celle-là. En cours de route, il se mit à neiger et

à geler, ce qui rendit la marche très pénible. On avançait d’un pas, on reculait de deux.

De temps en temps l’un de nous faisait son portrait dans la neige, nous semblions la

grande armée en déroute à travers les plaines blanches de la Russie. Enfin, nous

marchions toujours, nous traversons ainsi un grand nombre de villages. Puis nous

commençons à voir des coteaux arrondis et couverts de sapins, commencement de la

chaîne des Vosges.

Nous arrivons enfin, toujours dans la neige, à Montoreux sur Saône. Le régiment

fait son entrée triomphale, musique en tête et drapeau déployé. Puis c’est de nouveau

l’installation dans les cantonnements. Là je passais un mois assez heureux malgré le

froid. Les fêtes de Noël et du jour de l’an passèrent ainsi, je passais quelques bons

moments avec deux camarades chez un vieux Lorrain, le père Gravela qui était très

bon pour nous.

Henri POUIT et ses compagnons d’arme.

 

17 Janvier 1918 :

Je pars en permission, et à mon retour le régiment était en ligne à Nominy.

Descendu du train, j’eus donc une longue étape à faire ; Pompée, Custine, Lisciere, et

je trouve les camarades à coté du moulin de Brianne. Le secteur était assez calme,

mais c’était juste le moment où l’on attendait l’offensive des boches en Lorraine ;

nous n’étions donc pas tranquilles. Il y a eu des fausses alertes, la garde était longue

à prendre et il faisait froid. J’étais quelquefois en sentinelle sur une route. Il fallait

arrêter tout le monde «Halte-là, qui vive». C’était sérieux alors, et je pensais bien

que si les boches attaquaient, nous étions sacrifiés. Deux alternatives : mort ou prisonnier,

et comme j’étais décidé à ne pas me laisser faire prisonnier, le reste n’était pas bien gai. 

Notre mission était grande, mais dure : «Ici on ne passe pas».

Nous attendîmes ainsi pendant 40 jours, je changeais de place. Je fus pendant

quelque temps dans le château de Clemery Guyencourt, mais les boches n’attaquèrent

pas, le secteur devint seulement plus mauvais. Enfin c’est la relève, nous descendons

à Malliloy, puis je passe agent de liaison au bataillon, à Faulx Saint-Pierrre, où je

restais une quinzaine de jours, ce qui m’évite de monter avec ma compagnie soutenir

un coup de main entre Clemery et Nemitz, coup de main qui a très bien réussi, avec

peu de pertes. C’était pour répondre aux boches qui nous en avaient fait un quelques

jours avant ; mais les tirailleurs s’étaient montré dignes de leur tâche et les ont arrétés

net. C’est alors que la grande, la Kolossale offensive que nous attendions ici se

déclencha dans la Somme. Les boches avançaient vite, comme en 1914. C’était ce

qui nous attendait d’ailleurs, nous partons un beau matin, le jour de Pâques ; nous

traversons Nancy, et nous arrivons à Neuvemaison. Là, nous restons une dizaine de

jours pour nous préparer à la nouvelle guerre en rase campagne, qui avait remplacé la

guerre de tranchée. Nous fîmes plusieurs fois l’ascension du fort de Pont St-Vincent

avec la mitrailleuse sur le dos. Puis nous embarquons à Pont St-Vincent, nous voilà

partis pour la grande bataille. En débarquant, 8 jours de marche nous attendaient pour

monter en ligne. J’eus alors le plaisir de voir ce pays de l’Oise et de la Somme formé

de plaines légèrement ondulées et coupées ça et là de ravins et de coteaux boisés.

Cela paraît bien monotone, à part quelques oasis, ce sont des villages cachés la plupart

du temps, par des grands arbres qui les entourent et qui forment une masse sombre

d’où émerge la pointe du clocher. Churiére, Grand fresnay, Ercoy, Clermont, Bulle,

Breteuil, Esquenoll (camp d’aviation), Leuillée, Cagny, Boves. Nous trouvons les

Anglais,et enfin nous montons en ligne après quelques jours de repos.

Là ce fut encore l’attente anxieuse mais résolue. Encore une fois, nous eûmes

de la chance, les boches n’attaquèrent pas sur nous ; ce fut en Champagne qu’ils

tentèrent leur second coup de bélier. Je restais une huitaine de jours ; près de Villers

Bretonneux haché par les obus, dans une carrière, près d’un tank boche en panne.

Là, je fis ma première connaissance avec les gaz et je vis blesser mon meilleur camarade,

qui eut les deux yeux crevés par une grenade en piochant. Puis nous descendons en

réserve près d’un ravin, dans des trous individuels. Quelques jours de repos dans un

bois et nous remontons au ravin de Daurnar près de Hangard. Là, je fus brûlé par les

gaz et j’ai failli être évacué, mais je ne devais pas connaître l’hôpital. Nous descendons

à Guitelle, puis au bois, et nous remontons au P.C. Sophie, puis au P.C. Solange. Là,

j’étais de nouveau agent de liaison au bataillon, et j’attrapais une belle dégelée, un soir

en allant chercher une relève, par la faute d’un autre qui s’était rendu et avait tout

raconté aux boches. Le secteur était agité, car les boches tiraient surtout par rafales

et nous leurs rendions bien cela. Les gaz surtout étaient à craindre, j’ai failli plusieurs

fois être asphyxié.

Batterie de 75 en position.

Quelques jours encore au bois de Guitelle (exercice d’alerte) et nous descendons

enfin à Saint-Fuscien. Après quelques jours d’un repos bien gagné, nous partons à

pied dans une direction inconnue. Des bruits couraient alors qu’une grande attaque se

préparait, je crus le moment venu, mais je dus bientôt me détromper. Nous passâmes

à Ribécourt, Dury, Fossemanon, Flichy, et nous arrivâmes en arrière de Montdidier où

nous sommes restés quelques jours comme soutien d’attaque ; puis nous revenons à

St-Fuscien en auto. De là, nous repartons plus en arrière à Poriencamps où nous

restons une semaine, après avoir tenu le secteur en avant de Boves encore 2 ou 3

jours en attendant la relève par les Anglais. C’est alors que le moment tant attendu

approchait. Il arrivait de l’artillerie lourde en masse et les Anglais arrivèrent aussi en

force de leur côté. Donc, un beau soir, l’ordre arrive de monter en ligne, nous devinons

immédiatement pourquoi. Nous partons donc aussitôt en chantant pour dissimuler notre émoi.

«Tout là-haut, tout là-haut sur la butte Le 2e Zouave s’en va faire la culbute».

La marche a été pénible avec les arrêts nombreux et interminables, occasionnés

par l’encombrement des convois d’artillerie et de munitions qui couvraient la route

d’un bord à l’autre de deux files interminables dans un nuage de poussière. Enfin,

nous arrivons dans un bois, près d’un château. Quelques heures de repos, puis le jour

vint et avec lui tous les préparatifs pour le lendemain, distribution de grenades, de

cartouches, de fusées, dernières recommandations. Enfin, j’étais satisfait, j’allais enfin

prendre part à une vraie attaque et ne m’illusionnais pas sur les horreurs et les

souffrances qui m’attendaient ; mais enfin je saurais ce que c’est qu’une attaque, je

l’aurais vu de mes propres yeux.

Attaque du 8 août 1918 : (Journée de victoire).

Nous arrivons donc le matin vers 3 heures dans les parallèles de départ. Une

grosse pièce boche tirait à intervalles réguliers sur un village voisin. À part cela,

calme absolu, silence de mort, on entendait seulement tout près de nous un bruit de

ferraille, c’était les artilleurs en train d’empiler les obus près d’une pièce de 75 qui

était en toute première ligne. Enfin la pièce boche s’était tue. Nous attendions, surexcités

ce qui allait se produire. À l’heure précise, trois coups de canons partirent tirés par

des grosses pièces placées dans des secteurs différents entre Albert et Montdidier,

c’était le signal. Le ciel s’illumina tout à coup en arrière de nous par une multitude

d’éclairs suivis aussitôt d’un roulement de tambour effroyable, c’était inouï, incroyable,

il fallait y être pour s’en rendre compte, plusieurs milliers de pièces vomissaient à la

fois leur métal meurtrier. Au-dessus de nous, l’air était déchiré par une rumeur

incessante. Nous étions assourdis, énervés par l’attente, et la fumée de la poudre qui

formait un nuage opaque tout autour de nous. Je croyais rêver en me voyant dans cet

enfer et en pensant que bientôt, il allait falloir sauter par-dessus le parapet et marcher

vers la mort.

 

Le bombardement dura environ une heure, puis tout à coup un cri domina le

vacarme «Ils sont sortis», c’était 5 minutes avant l’heure. Alors nous bondissons à

notre tour, hors de la tranchée, ce fut le moment le plus pénible. Après je me fis peu à

peu à la marche trébuchante à travers les fils de fer et les trous d’obus. À peine

sortis, un obus arriva en plein sur un groupe de la 18e compagnie. Des bras et des

jambes voltigèrent en l’air mais nous continuâmes notre chemin. Plus loin, un autre

obus tomba à quelques mètres devant moi, je vis un camarade tomber à la renverse et

se débattre, mais il ne fallait pas s’attarder. Nous continuons à marcher en faisant un

écart, puis ce fut une courte pose dans un trou d’obus. Nous étions essoufflés, hors d’haleine.

Nous repartons de nouveau et nous arrivons en face du bois de Mareuil dans

lequel le tir de barrage faisait rage. Il y eut alors un flottement, une hésitation. Je me

demandais moi-même si je n’allais pas y rester dans ce bois où la marche était très

difficile, mais le commandant marchait toujours. Nous le suivons donc en faisant signe

aux autres d’avancer et en criant «en avant».

Nous rentrons dans le bois et bientôt un cri de triomphe sortit de nos bouches en

apercevant des boches près d’un fortin de mitrailleuse. Les pauvres, pris de panique

levaient les bras en l’air, quelques uns cherchaient à fuir. Plus loin, nouvelle rencontre

analogue. Nous arrivons à la sortie du bois, là, il y avait un groupe de boches qui

résistaient, ce fut alors que le commandant fut tué d’une balle en pleine figure. Voyant

cela le capitaine qui devait le remplacer, m’envoie dire au commandant du bataillon,

qui était derrière nous de les contourner pour les faire prisonniers. Ensuite, nous

continuons à marcher en avant et nous nous arrêtons à 500 mètres du bois, notre

objectif était atteint. Nous respirons enfin un peu plus à l’aise, mais il me fallut aller

reconnaître ma compagnie et les balles sifflaient au ras du sol, je baissais la tête. Enfin

le vacarme s’apaise, les boches fuyaient, d’autres régiments étaient passés devant

nous et on voyait à perte de vue les tirailleurs en colonne par un comme à la

manoeuvre. C’était beau, je sentis alors toute la griserie de la victoire et le soleil, le

radieux soleil d’Austerlitz, déchira enfin le voile de fumée qui nous enveloppait en

éclairant la vaste plaine où les convois d’artillerie arrivaient déjà. Alors les tanks qui

n’avaient pas pu passer dans le bois entrèrent en scène, nous dépassèrent et disparurent

bientôt à l’horizon. L’après-midi, ce furent des courses interminables pour trouver le

P.C. du Colonel et pour changer d’emplacement. Puis la nuit arriva et nous prîmes un

repos bien gagné. Le lendemain et le surlendemain, la marche en avant continua avec

des arrêts prolongés, nous fîmes ainsi plus de 20 kilomètres. Nous arrivons en face de

Roye ; là les boches avaient fait leur ligne de résistance. Ils nous reçurent donc avec

une dégelée d’obus de tout calibre, la situation devenait critique, nous nous réfugions

derrière un grand talus au bas duquel il y avait un chemin et nous passons la nuit ici. Le

lendemain matin, la relève arrive. Nous quittons donc ce ravin où les rafales de 88

faisaient des victimes, et après une bonne journée de marche en arrière, nous arrivons

à Pierrepont, enfin c’était fini.

 

Nous restons une dizaine de jours dans ce village ravagé par les récents combats

et nous repartons plus loin, vers l’arrière. Nous traversons Montdidier, complètement

démoli, pas un mur n’était resté debout, quelques uns tout démantelés formaient des

ombres effrayantes dans cette ville silencieuse, morte. Nous arrivons vers le matin à

Angevillers. Nous restons dans ce village 5 ou 6 jours ; comme j’étais cycliste, j’eus le

plaisir de visiter les environs : Ailly, Ravenel, Saint-Just. Nouveau départ,: 2 étapes,

Trennes et Arsy. Nous restons deux jours à Arsy, puis l’ordre vient tout à coup de

prendre le bateau. En effet, l’Oise coulait à quelques kilomètres. De là, je ne savais

pas où l’on nous emmenait, c’était louche ce départ brusque. Nous embarquons donc

le lendemain matin «dans la mauvaise direction». Nous passons à Compiègne et le

débarquement se fit à Longueil ; une petite marche et nous arrivons à Cambronne. À

peine arrivés, l’ordre vint de monter en ligne le soir même. À ce coup là j’eus de la

peine car j’étais sur le point de partir en permission et il fallait encore une fois avant de

partir risquer les chances d’une attaque car je ne doutais pas qu’on étais venu là pour

attaquer. Je fis donc mes derniers préparatifs et je montais en ligne le coeur gros, mais

me raidissant pour accomplir son devoir quand même.

28 Août 1918 :    Attaque de Noyon.

Noyon ! que de souvenirs dans ce mot, souvenirs lugubres, pauvre ville martyre

sur laquelle s’acharnèrent les hordes du Kaiser qui se voyaient contraintes

d’abandonner ce noeud de résistance,cette pointe avancée sur notre territoire.

Aussi, on pourra l’inscrire en lettres rouges dans l’histoire, ce mot fatal qui a fait

verser tant de sang français. Nous l’avons eu Noyon, mais à quel prix, hélas !!! ce fut

le cimetière du 2e Zouave, de mon bataillon surtout. Après un jour d’attente, on vint

me chercher au P.C. du Colonel où j’étais comme agent de liaison pour rejoindre mon

bataillon qui partait à l’attaque.

Nous partons donc le 28 au matin. Le 1er bataillon était devant nous ; presque pas

de bombardement ; c’était inutile, en effet, les boches ne nous avaient pas attendu, ils

étaient partis mais pas bien loin encore. Nous traversons donc un village et nous nous

arrêtons bientôt sur le bord d’un chemin où il y avait un talus. Chacun fit son trou et

s’aplatit dedans car les obus commençaient déjà à tomber. Ce fut ainsi tout l’aprèsmidi

et, pour comble de déveine, le vilain temps se mit de la partie. L’eau envahit nos

trous que nous abritions tant bien que mal, avec des toiles de tente. Nous partîmes

pour passer la nuit dans un chemin creux, mieux abrité. Je fus réveillé le lendemain à

4 heures par un camarade qui me dit de l’accompagner pour mener notre compagnie

de tête au P.C. du 1er bataillon. C’était à notre tour en effet de marcher en avant.

Notre mission était de prendre Noyon qui était à 1 ou 2 kilomètres et de nous arrêter

sur le Mont St Simion qui dominait la contrée. Je me doutais bien que la tâche allait

être dure et l’ennemi gardait un silence louche. Je partis donc avec la compagnie de

tête, et je la quittais ensuite pour rejoindre le commandant qui était un peu en arrière.

Le soleil émergea alors des hauteurs où se retranchaient les boches ; il me parut bien

rouge ce matin-là, cela me semblait un présage de la sanglante journée qui allait suivre.

Notre artillerie commençait à tirer, mais quel faible tir de barrage, en comparaison de

celui du 8 août, et en plus de cela, les 155 tiraient juste sur nous. On lançait des fusées

d’allonger le tir, mais rien à y faire, c’était décourageant, décidément la journée

commençait mal. Je cherchais mes camarades, pendant une bonne demi-heure sans

pouvoir les trouver, et pour comble de déveine, je tombais dans un fourré plein de

frelons qui me piquèrent la figure et les mains. Enfin, je retrouvais les autres et je

continuais la marche en avant avec eux. Nous traversâmes le canal et le marais sans

trouver trop de résistance et nous arrivâmes ainsi dans les faubourgs de Noyon en

réduisant une mitrailleuse. De là, nous gagnons une sorte d’entonnoir où se trouvaient

deux obélisques. Les deux compagnies de tête étaient déjà en avant dans la plaine.

Nous débouchons donc à notre tour pour les suivre ; mais c’est là que les boches nous

attendaient. Nous nous trouvons en plein sous leur tir de barrage et les balles sifflaient

comme des abeilles tout autour de nous. Que faire ? Impossible d’aller plus loin ; nous

nous réfugions dans un boyau qui était à proximité et nous retournons du côté des

obélisques en passant sur les corps des victimes déjà nombreuses. De là, on nous

emmène dans une carrière où nous trouvons un abri provisoire. Pendant ce temps-là,

les boches contre-attaquaient et firent plusieurs des nôtres prisonniers. Ce n’était

plus les mêmes qu’à Mareuil, ils faisaient partie des troupes d’élite ceux-là. Ils avançaient

pied à pied, en se cachant derrière les arbres, mais ils avaient affaire aux zouaves, la

partie était égale et nos mitrailleuses les arrêtèrent à leur tour. Mais combien étaient

restés sur le terrain ? La 17e compagnie était revenue au nombre d’une dizaine, la 19e

une trentaine sur 150 qu’ils étaient dans chaque compagnie. Le bombardement continua

pendant tout l’après-midi ; on se terrait de son mieux dans la carrière ; mais les

boches l’avaient repérée et avaient placé leur gros minerverfer un peu sur notre

gauche ce qui leurs permettait de tirer en plein dedans. Ce fut un carnage effroyable,

une trentaine perdirent la vie dans ce coin fatal. Les blessés qu’on ne pouvait pas

emporter poussaient des gémissements qui nous déchiraient le coeur.

Pendant ce temps-là, j’allais reconnaître le P.C. du colonel, puis ensuite, l’endroit

où nous devions passer la nuit. Je me demande comment je n’ai pas été touché en

passant à travers les obus, c’était vraiment de la chance. Enfin le soir arrive et je

retourne chercher les autres dans la carrière. Quelques-uns ne voulaient pas bouger,

c’était la débandade. Ensuite j’allais à la soupe et à peine arrivé, il me fallut repartir

avec le nouveau capitaine qui remplaçait le commandant de bataillon blessé, pour aller

au colonel. Il faisait tellement noir que je ne pus retrouver le chemin et nous nous

trouvâmes sous une rafale de 77. Il fallut donc retourner car nous nous exposions

inutilement. D’ailleurs la mission n’étais pas importante. Le lendemain, nous repartons

en avant de Noyon. Nouvelle attaque infructueuse et enfin le surlendemain, nous

finissons par nous établir dans le village d’Haplincourt.

Là, nous restons une semaine pendant laquelle les gaz firent évacuer un grand

nombre de ceux qui restaient, le bataillon était diminué des trois quarts.

Un beau matin, nous voyons des spahis qui partaient au galop vers Tarlefesse où

les boches étaient encore la veille. Nous les crûmes devenus fous, mais en effet, il n’y

avait plus personne devant nous, c’est que notre droite et notre gauche avaient avancé

et l’ennemi avait été obligé de lâcher le terrain qui était devant nous.

Nous continuons donc la marche en avant. Le soir du deuxième jour, nouvel arrêt

sous les obus, puis le lendemain matin, nouveau départ. Chauny, et nous arrivons enfin

près de Tergnier où il y avait une briqueterie. Nous restons là une dizaine de jours et

nous montons en ligne à Tergnier, où nous restons un jour seulement. Nous sommes

relevés, et je pars enfin en permission en repassant par Chauny, Neuflieux, Mondescourt,

Baboeuf, Salency.

En revenant, je trouve mon régiment à coté de Noyon et le lendemain nous

repartons en arrière, nous repassons à Longueil, Compiègne, Arsy et nous arrivons à

Granfresnois. Nous restons là une dizaine de jours, puis un beau matin nous embarquons

en auto, il fallait remettre ça encore une fois, on ne nous laissait vraiment pas beaucoup de répit.

Le débarquement se fit donc de nouveau près de Noyon, puis de là, nous allons

à pied à Chauny. Puis nous remontons en ligne en avant de la Fére pour donner le

grand coup, la poussée finale.

Nous passons à Anguilcourt, Rinansart, puis après deux jours de marche, de

contremarche, d’ordres et de contrordres, car la division qui était devant nous attaquait

sans cesse, nous attaquons à notre tour, les boches reculent de quelques kilomètres,

puis ils nous arrêtent à coup de mitrailleuse près de Cheresis, Monceau et Faucensy,

nous étions alors sur une crête et un avion nous avait repéré, les obus ne tardèrent

donc pas à rappliquer. Nous fîmes un détour pour nous mettre à l’abri dans un ravin où

nous creusons de nouveau nos trous individuels.

A la guerre des tranchées succéda la guerre des trous. 
Ligne d’infanterie en rase campagne pendant la guerre de mouvement.

Le lendemain, le 11e bataillon attaque à son tour, mais impossible d’avancer, les

blessés arrivaient en grand nombre au poste de secours, les uns un membre en moins,

d’autres la tête enveloppée, d’autres enfin avec une horrible blessure dans la poitrine,

ceux-là ne devaient pas aller bien loin, hélas ! C’était triste de voir ces blessés des

derniers combats qui étaient sortis indemnes de toute la campagne pour aller se faire

trouer la peau au dernier moment.

Nous prenons position ensuite le long d’une voie de Decauville où un grand

nombre de wagons avaient été abandonnés et nous restons ainsi plus d’une semaine

sans bouger de place près de Londifay. Enfin un soir, l’ordre vient d’attaquer le lendemain

à H plus 1 H 45. Justement le matin et le soir de ce même jour, les boches nous

envoient deux rafales d’obus qui durèrent plus de deux heures chacune, c’était presque

un tir de barrage.

Je l’échappe belle encore une fois en allant porter aux sections les ordres pour le

lendemain ; j’ai attendu et comme ça ne cessait pas, je suis parti quand même sous les

obus en courant de toutes mes forces et en faisant de petites haltes dans des trous individuels.

En arrivant à la dernière section, il s’amène deux obus en plein sur nous, nous

avons failli être asphyxiés tous, un a été légèrement blessé.

Enfin je suis de retour indemne et j’ai pu prendre quelques heures de repos

jusqu’au lendemain matin. En me réveillant, calme absolu, pas un coup de canon, pas

un coup de fusil, je me disais «Est-ce que les «boches» seraient partis ?». En effet

il n’y avait personne devant nous, nous partîmes donc à H plus 1 H 45 et nous marchons

toute la journée sans rencontrer de résistance. Nous passons la nuit dans une

maisonnette de chemin de fer, près de Puisieux où nous avons vu les premiers civils.

Le lendemain, ce fut la marche triomphale, nous traversions des villages où il y

avait beaucoup de civils. Ces pauvres gens amaigris par la souffrance et les privations

nous tendaient les bras ; ils avaient tous trouvé dans quelque recoin de leurs maison un

vieux drapeau tricolore qu’ils arborrèrent triomphalement pour fêter leur délivrance,

c’était à rire et à pleurer.

Après une marche forcée harassante sous une pluie continuelle, nous arrivons

enfin à bout de force à la Chaussée d’Autremont où nous passons la nuit dans les

granges enfin à l’abri ; les boches étaient de l’autre côté du Thou et ils nous envoyèrent

encore quelques 88 qui ne firent pas de victimes heureusement.

Le lendemain, nous repartons, l’ennemi fuyait toujours, nous arrivons à La Bouteille,

nous repartons encore et nous arrivons dans une ferme où nous recevons encore

quelques obus, ce sont les derniers que j’ai entendu, nous passons la nuit dans une

cave et nous repartons le lendemain pour Hirson, l’artillerie était déjà loin devant nous.

11 Novembre 1918 :

L’entrée à Hirson fut épique, inoubliable, les avions faisaient des acrobaties sur

nos têtes. Les habitants n’avaient rien et ils voulaient encore nous donner le peu qui

leur restait. Après deux jours de séjour à Hirson, l’ordre arrive de repartir en avant,

puis juste au moment de démarrer, contrordre «l’armistice est signée».

Ce fut alors un seul cri de joie qui jaillit de toutes les poitrines ; c’était un délire

d’enthousiasme, tout le monde s’embrassait, les enfants chantaient la Marseillaise

dans les rues, toutes les maisons étaient pavoisées comme pour une grande fête.Nous

restâmes encore une semaine à Hirson puis nous repartîmes en arrière en repassant

par La Bouteille, Etrepont, La Hourbe, Prépouri, Puisieux, et nous arrivons enfin à

Nouvien Cotillon. Après un mois de repos, je repars en permission passer Noël et le

1er de l’an en famille.

Je retrouve mon régiment en déplacement à Méligny le Grand. Ce fut alors la

longue série des étapes jusqu’en Lorraine : Troussay, Foigny sur Meuse, Chaudenay,

Marthemont, Mézières, Chaligny, Vaudeville, Châtel, Rambervillers, Autray,

Frémilfontaine (15 jours de repos), puis Rambervillers (service auto) Blemont,

Sarrebourg, Wiesbaden, Brearshfadt, Niederhausen, Mayence.

Henri    POUIT

.


Voici un témoignage vivant de la première guerre mondiale,écrit dans 
une langue simple et orale. Il trace les souvenirs de campagne de notre grand-père qui avait tout juste vingt ans lorsqu'il partit en 1916 servir la nation. Il avait d'abord été exempté en raison de son poids trop faible, 
Son récit explique les cinq périodes qu'il a traversé jusqu'en 1919 :

- Les neuf mois premiers mois sont ceux de l'instruction militaire du futur Zouave,

d'une difficulté croissante,  en région parisienne (93, 94, 91), puis en Seine-Maritime (76). Marches, bivouacs, tirs au fusil mitrailleur, lancers de grenades se succèdent.

- Notre grand-père est ensuite intégré au 3e Mixte, où pendant sept mois, il nous décrit son "baptème du feu", agrémenté d'anecdotes, et nous donne une idée de la guerre de positions en 1917, dans la Marne (51).

- Il change alors de régiment, le 2e Zouave, et durant deux mois, il effectue des déplacements vers la Meuse, l'Aube, puis les Vosges, en préparation de la suite des événements;

- La quatrième période de six mois débute sur le front de Meurthe-et-Moselle (54). Puis la guerre de tranchées est remplacée par celle en rase campagne, sur les fronts de l'Oise (60) 
et de la Somme (80) : l'ennemi recule en 1918.

- Ensuite, c'est la période des attaques et des victoires, mais également des horreurs. L'ennemi est repoussé de l'Oise (60) vers l'Aisne (02) . Enfin, c'est l'armistice, mais pas encore la fin des mouvements des armées; c'est en effet le moment des manoeuvres dans l'Aisne , la Meurthe-et-Moselle, les Vosges, la Moselle et l'Allemagne. Il est dommage que cette dernière étape de la guerre qu'est le retour à la paix, jusqu'en 1919, n'est pas été détaillée.

Ce récit, mélangeant confusément le passé et le présent, nous montre combien notre grand-père vivait ses souvenirs, et combien il a du être marqué par cette guerre terrible.

Laurent Pouit

.Voici un témoignage vivant de la première guerre mondiale,

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.
Les insignes et une partie des photos qui agrémente cette page viennent du site :

http://vinny03.club.fr/1418.htm

Les Guerres de 1870 et de 14-18


Haut de Page

.